Chrétiens Orientaux sur France 2, une émission des Églises orientales catholiques et orthodoxes présentes en France. Vie et Foi des Chrétiens d’Orient.

Le cri d'appel en faveur des Chrétiens d'Orient du Cardinal cardinal Claudio Gugerotti

Le cri d'appel en faveur des Chrétiens d'Orient du Cardinal cardinal Claudio Gugerotti

"Nous ne pourrons jamais accepter qu’ils deviennent des exilés sans espoir"

Le cri d'appel en faveur des Chrétiens d'Orient du Cardinal cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises Orientales au Vatican en la Cathédrale Notre-Dame de Paris – Homélie pour l’anniversaire de l’Œuvre d’Orient et la journée de prière des chrétiens d’Orient - 10 mai 2026

Chers frères et sœurs,

L’Esprit Saint est le sujet commun de la Parole de Dieu qui a été proclamée en cette journée si significative, alors que nous commémorons le 170e (cent soixante-dixième) anniversaire de fondation de l’Œuvre d’Orient.

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Ceux qui avaient été baptisés par le diacre Philippe et qui répondaient à ses paroles avec étonnement, n’avaient jamais entendu parler du Saint-Esprit, ne se rendant pas compte que la troisième Personne de la Très Sainte Trinité constituait l’axe essentiel de la vie de l’Eglise parce qu’il est la plénitude et qu’il porte à sa perfection la vie chrétienne. Dans la première lettre de saint Pierre, on fait aussi allusion à l’Esprit Saint quand on se réfère à la souffrance subie par le Christ qui, bien que mis à mort selon la chair, a été vivifié dans l’Esprit. Enfin dans l’Évangile, en décrivant la proximité de Dieu à son peuple et la défense qu’il fera des croyants en lui, on ne peut pas ne pas évoquer l’Esprit Saint qui est le Paraclet, c’est-à-dire le défenseur qui sera toujours avec nous. Le Saint-Esprit n’est connu que par ceux qui le reconnaissent, parce qu’il demeure en eux. Cet Esprit de vérité est bien connu des croyants, mais il inconnu du monde. Dans l’Évangile, l’ignorance de l’Esprit n’est pas du côté des baptisés qui n’ont pas encore entendu parler de lui, mais de ce monde qui a préféré être sourd à Dieu et donc, qui ne peut qu’ignorer l’Esprit, parce que l’Esprit est l’Esprit de vérité. Celui qui ignore la vérité, ignore l’Esprit Saint.

Dans cette célébration, au cours de laquelle j’ai l’honneur d’avoir été invité pour prier avec vous, chers amis de l’Œuvre d’Orient, de même qu’avec les chefs des Eglises orientales catholiques et tant d’autres amis et frères qui appartiennent à ces Eglises, ainsi que tant d’autres instituions qui ont également soin et portent une attention particulière à l’Orient chrétien, ma parole ne peut commencer qu’en invoquant l’Esprit qui est l’unique dispensateur de toute bonne inspiration.

Et de quelle bonne inspiration furent gratifiés vos fondateurs en 1860 (mille-huit-cent-soixante) ! C’étaient des laïcs, et ceci est un facteur très significatif dans une période où nous découvrons toujours plus résolument de nouvelles façons de valoriser le rôle des laïcs dans la vie de l’Eglise. C’étaient des laïcs qui, comme bien d’autres en France, prirent à cœur la mission de protéger et de soutenir les chrétiens d’Orient qui venaient de subir un énième massacre. Et cette mission, à cette époque comme dans celles qui suivirent, était particulièrement vive dans leurs cœurs.

Le second facteur intéressant est l’attention initiale portée à un aspect spécifique d’aider l’Orient : celui de l’éducation. Ce groupe inspiré avait bien compris que sans formation, toute intervention caritative devient substantiellement une urgence qui ne confère pas au bénéficiare la capacité d’être protagoniste de sa propre libération. Ils avaient bien compris ce fondement essentiel et en cela ils agissaient sous l’action de l’Esprit Saint. En effet, dans bien des cas, l’attention portée à la charité sert trop souvent à apaiser la conscience du donateur.

Depuis que l’Œuvre d’Orient a augmenté non seulement le domaine de son action, mais aussi ses moyens en faveur des chrétiens d’Orient comme des lieux géographiques de ses interventions, cette intuition originelle de l’éducation et de l’instruction qui répond au soucis de la formation reste intacte, comme véritable instrument de rachat social, non seulement pour les vertus qu’elle opère chez celui qui la reçoit, mais aussi pour la nature même de la dignité humaine qui fonde son sens profond sur l’apprentissage du sens de l’existence et de l’inspiration de l’Esprit, comme nous l’avons entendu dans les lectures de ce jour.

Aujourd’hui, j’ai la joie d’avoir sous les yeux tous les responsables et collaborateurs de l’Œuvre d’Orient qui, ces dernières années, ont vraiment donné leur vie pour les Eglises orientales catholiques. La présence de tant d’éminents représentants de celles-ci en ce jour est le signe de la reconnaissance de l’Eglise pour une si grande œuvre de bien.

Je ne peux pas manquer d’unir à leur reconnaissance le vif remerciement du Saint-Siège en étroite liaison avec lequel vous avez toujours agi avec créativité et zèle, œuvrant au service du munus pétrinien. Pierre, aujourd’hui comme par le passé, vous remercie pour cette solidarité manifestée dans une œuvre si méritoire et, à travers le Dicastère pour les Eglises orientales qui, depuis sa création, a toujours apprécié de collaborer avec vous dans une synergie qui a porté tant de fruits.

Nous ne pouvons cependant nier que l’inquiétude universelle à l’égard des chrétiens du Moyen-Orient, de l’Ukraine, mais aussi l’instabilité persistante de la Corne de l’Afrique, est particulièrement vive aujourd’hui. L’instabilité de la scène mondiale, la difficulté à comprendre une politique qui semble toujours plus inspirée par des critères purement matérialistes est parfois difficilement compréhensible en raison de flagrantes contradictions.

Dans la première lecture, l’épisode de Simon Magicien a été omis. Ce dernier s’était convertit et avait choisi d’appartenir à l’Église du Christ, fasciné qu’il était par la capacité des disciples de Jésus d’accomplir des miracles. Cela lui apparaissait comme bien supérieur à ses facultés paranormales. Mais, même après sa conversion, il est vite retombé dans un esprit mondain, et de manière déterminante, puisqu’il demanda aux disciples de pouvoir partager leur capacité de conférer l’Esprit Saint en comprenant bien son importance capitale dans la vie de l’Eglise. C’est pour cela qu’il voulut payer les disciples. Mais la réponse qu’il reçut fut vraiment une sèche réprobation : on n’achète pas la grâce de Dieu. On n’achète pas la faculté d’être efficace dans l’histoire. On n’achète pas la politique, parce que celle-ci ne peut être qu’une capacité à promouvoir, sur des valeurs morales fortes, une juste approche de la vie des peuples et de la collaboration entre eux. En d’autres termes, ce n’est pas l’argent qui doit inspirer les choix de l’humanité, sous peine de souffrances immenses. C’est la foi, dans l’inspiration de l’Esprit, qui agit comme amour divin dans l’histoire. Elle seule peut préparer le retour du Fils de Dieu et la pleine réalisation de cette création, don gratuit que le Père a voulu seulement par amour, pour que l’homme et la femme en jouissent en pleine gratuité et liberté.

Puisse Dieu vouloir que le monde chrétien oriental comprenne que la loi fondamentale qui est appelée à le régir est précisément celle de la gratuité et du souci mutuel pour le bien commun. Et il est fondamental que le comprennent aussi ceux qui vivent et travaillent au Moyen-Orient, qui pensent ou prétendent intervenir en sa faveur, au risque parfois de parcourir des chemins semblables à ceux que voulait poursuivre, dans son ignorance, Simon le Magicien. L’Orient doit lui aussi, et à tous les niveaux, rechercher l’altruisme et grandir dans la responsabilité et la transparence.

Quant à vous, chers amis de l’Œuvre d’Orient, que l’Esprit Saint soit l’âme de votre action, la consolation dans votre don de vous-même, la source d’inventivité qui vous permet de rendre toujours nouveau votre soutien et votre solidarité auprès de nos frères orientaux. Que la bénédiction du Seigneur soit votre récompense pour tout ce que vous continuez d’accomplir avec une générosité louable, afin de redonner espérance à ces chrétiens qui sont toujours plus tentés par le désespoir et, à cause de ce désespoir, tentés de quitter leur terre bénie pour chercher ailleurs des modes de survie.

Pourquoi cette terre qui est indissolublement liée à l’histoire du Christ Seigneur serait-elle menacée d’être privée des chrétiens ? Quelle loi inique postule la violence contre ceux qui sont les disciples du Crucifié, un Dieu mort par amour ? Car dans l’amour seul se construit le dessein de Dieu, Lui qui est l’amour. Comment pourrions-nous assister, indifférents, à tant de silences sur ce qui se passe là-bas, sur ce que subissent nos frères chrétiens dans une terre où ils sont présents depuis des temps très anciens et à l’édification de laquelle ils ont contribué avec une efficacité et une ingéniosité certainement pas inférieure aux autres croyances et autres convictions sociales et morales ?

Notre prière de ce jour est précisément pour que le Moyen-Orient ne devienne pas exsangue de leur présence, afin qu’ils soient sauvés de l’incompréhension ou de l’exploitation, mais aussi pour qu’ils soient toujours plus lucides et actifs dans la promotion du bien commun.

Nous prions pour que l’Esprit Saint, le Paraclet, soit leur avocat : même lorsque les institutions humaines semblent avoir oublié leur rôle de protection et de soutien ; même lorsque nous avons oublié ce que dit l’Évangile de ce jour, à savoir que Dieu seul est le premier et le véritable protecteur ; et malgré le fait que certains, aussi en Orient, privilégient l’égoïsme ou leurs vues personnelles, défendant leurs positions de pouvoir et leur propre bien-être plutôt que leur devoir d’être chrétiens, c’est-à-dire d’être d’humbles serviteurs du bien commun.

Que le Seigneur vous inspire ces valeurs de responsabilité et de pleine adhésion à sa volonté qui sont la marque de ce christianisme que l’Orient a connu et répandu jusqu’à l’effusion du sang avec la fidélité d’une cohérence extraordinaire. Continuons d’être dignes de ce passé, non seulement en l’évoquant dans nos discours, mais en accueillant quotidiennement le défi que le monde nous lance, comme à des enfants rachetés par le Christ, en continuant de travailler fidèlement pour nos frères chrétiens d’Orient, dans la fidélité à ce que nos prédécesseurs ont initié, afin qu’ils soient aimés et respectés partout où ils se trouvent.

Oui, il est bon que ces frères chrétiens orientaux soient connus, même en dehors de leurs territoires propres. Mais il n’est pas bon que ce soit à la condition de la perte de leurs terres, de leurs traditions, de leur identité, de leurs capacités à vivre, comme chrétiens, dans le berceau même du christianisme. Nous ne pourrons jamais accepter qu’ils deviennent des exilés sans espoir. Amen.

Une émission des Eglises Orientales en France

Chrétiens Orientaux est consacré aux  Eglises non chalcédoniennes [Arménienne Apostolique, Copte Orthodoxe, Ethiopienne Tewahedo et Syriaque Orthodoxe] et aux Eglises catholiques orientales [Arménienne Catholique, Byzantine catholique en langue russe, Byzantine catholique en langue française, Chaldéenne, Copte catholique, Grecque-Hellène (Cargèse), Greco-catholique Roumaine, Greco-catholique Ukrainienne , Grecque-melkite catholique, Maronite, Syriaque catholique, et Syro-malabare (Inde)].

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